La vitalité de la mémoire orale et picturale du Rajasthan,
des castes et des tribus que l’histoire ne retient pas ou mentionne
peu. Les pasteurs Gujar, les chameliers
Raika, les potiers Kumbhar, les musiciens Manganiar et Langah, les conteurs
Bhopa, tous ceux dont la tâche
traditionnelle était de servir et de divertir l’aristocratie,
constituent la sève de cette terre. Leurs femmes sont les gardiennes immémoriales de traditions picturales
dont certains motifs apparaissent déjà sur les poteries de la civilisation de l’Indus (III - II millénaire av. j-c). Car ce sont-elles qui tracent sur les murs de leurs modestes maisons
de torchis, de puissantes fresques sacrées
appelées Thapa du mot Hindi thapa qui désigne une impression
ou une marque. Ils représentent
des glossaires poétiques de la vie villageoise. Les femmes dessinent
sur les seuils des diagrammes sacrés, Mandana du verbe Hindi mandana qui signifie, orner, tracer des motifs. Ils
sont un langage incantatoire stylisé à l’extrême
en l’honneur de la déesse
Lakshmi, pourvoyeuse de prospérité et de richesses. Mandana
et Thapa sont réalisés aux moments clés du cycle
de la vie: naissances (jatakarma) fiançailles (shagai)
mariages (shadi) pour la fête Hindi Holi et tous les ans au mois
de Kartik mi-octobre mi-novembre fin
de la récolte, à l’occasion du festival Dipavali les
maisons reçoivent les plus somptueuses décorations et l’on
célèbre en allumant des
lampes à l’huile en l’honneur de la déesse Lakshmi
afin quelle se montre libérale envers les membres de la maisonnée. Lors d’un mariage les femmes tracent des signes de bienvenue au dessus de la porte et de part et d’autre de celle-ci, lors des fiançailles, des motifs de lions et lionnes apparaissent sur les murs de la chambre à coucher.
Les Thapa possèdent une grande liberté de ton et de trait, l’originalité de chaque composition reflète le style propre aux femmes d’une même maisonnée. Elles puisent leurs inspirations dans leurs mémoires
collectives ainsi que dans la contemplation quotidienne de la
nature, savamment réinterprétée par la stylisation du geste pictural. Mandana et Thapa constituent
un art éminemment éphémère, une empreinte
saisonnière vouée à l’effacement. |